Les pesticides

On entend ici par « pesticides » les produits phytosanitaires ou phytopharmaceutiques utilisés pour le traitement des végétaux et la destruction des indésirables. Ils regroupent les herbicides, insecticides, fongicides, nématicides, etc.

Pourquoi réduire l'utilisation des pesticides ?

Les pesticides ont des conséquences sur les plans économique, environnemental et de la santé.

Sur le plan économique :

Ils posent des problèmes au niveau de la potabilisation de l’eau :

  • Coûts de traitement de + 15 à 25 % selon les procédés
  • Certaines molécules impossibles à traiter complètement

De plus, leurs contenants sont des déchets toxiques coûteux à retraiter.

Sur le plan environnemental, on note :

  • Une atteinte aux écosystèmes (faune aquatique, abeilles, insectes, oiseaux...),
  • Une érosion des sols,
  • Une résistance croissante des « mauvaises herbes ».

Sur le plan de la santé :

Les études scientifiques internationales des 30 dernières années démontrent qu'il existe un lien entre exposition professionnelle à des pesticides et certaines pathologies chez l’adulte : la maladie de Parkinson, le cancer de la prostate et certains cancers hématopoïétiques (lymphome non hodgkinien, myélomes multiples). Par ailleurs, les expositions aux pesticides intervenant au cours de la période prénatale et périnatale ainsi que la petite enfance semblent être particulièrement à risque pour le développement de l’enfant (Inserm, 2013).

Qui les utilise et quels impacts ont-ils ?

Les pesticides sont utilisés au niveau des terres agricoles, des routes et des voies ferrées et aussi au niveau des jardins, espaces verts et abords des bâtiments d’entreprises et des maisons. Globalement, le tableau suivant indique l'estimation de la part respective des pesticides agricoles et non agricoles :

 

 

 

 

 

Pourquoi les utilisateurs non agricoles génèrent 35 % de la pollution ?
Car ils utilisent surtout des désherbants et principalement sur des surfaces imperméables (parkings, trottoirs, cours bitumées ou gravillonnées, pentes de garage…). Ces traitements entraînent une pollution quasi systématique des eaux par ruissellement. Car même en jet dirigé et localisé, 90 % du désherbant  n’atteint pas la cible. Le produit n’est pas dégradé et est transféré à la première pluie. Ceci est démontré par la présence de glyphosate et de sa molécule de dégradation (AMPA) dans quasiment tous les cours d'eau du bassin versant (voir le tableau par molécule individuelle ci-après).

Le SAGE Blavet prévoit la mobilisation de tous les utilisateurs pour réduire, voire supprimer l'usage des pesticides. Cliquer ici pour en savoir plus sur les actions de réduction des pesticides prévues dans le PAGD...

Quelle est la situation de la pollution par les pesticides des cours d'eau du Blavet ?

Sur la base des résultats d’analyses 2005-2008, 3 masses d’eau (ou sous bassins) étaient plus particulièrement concernées par cette pollution : le Sulon dans les Côtes d’Armor, le Tarun et l’Evel dans le Morbihan localisés sur la carte ci-contre.

Ces 3 masses d’eau cumulaient un nombre élevé de molécules qui, individuellement, avaient une concentration supérieure à 0,1 µg/l et un nombre élevé de prélèvements (> 5%) dont le cumul des pesticides dépassait 0,5 µg/l. Cette situation est encore vraie aujourd’hui. Le glyphosate et sa molécule de dégradation, l’AMPA, utilisés en zones agricole et non agricole, étaient les molécules les plus répandues ; suivaient ensuite des molécules de traitement du maïs et des céréales.

Quels objectifs de réduction sur le bassin versant ?

La CLE vise une réduction de moitié, au minimum, de la quantité de pesticides utilisés sur le bassin à l’échéance 2018.
Elle fixe par ailleurs, au niveau de chacune des stations de mesure de la qualité de l'eau brute, l’objectif de 5% maximum de prélèvements affichant des concentrations :

  • 0,1 µg/l pour chaque molécule
  • 0,5 µg/l pour le cumul des molécules.

Sur la base de l’état des lieux, la CLE désigne 3 secteurs prioritaires pour une mobilisation accrue des acteurs concernés : les sous bassins du Sulon, de l’Evel et du Tarun localisés sur la carte ci-contre extraite du PAGD.

Par ailleurs, cette volonté de la CLE est renforcée par la loi Labbé, promulguée en France en 2014 et qui interdit l’utilisation des pesticides de synthèse :

  • par les collectivités et établissements publics, dans l’entretien des espaces verts, forêts, voiries ou promenades accessibles au public depuis le 1er janvier 2017 ;
  • par les particuliers au 1er janvier 2019.

Quelle est la situation des cours d'eau au regard de ces objectifs aujourd'hui ?

Concernant les teneurs en pesticides cumulés

Le tableau ci-dessous indique, pour chaque année depuis 2010, le % de prélèvements comportant des teneurs en pesticides cumulés 0,5 µg/l d'eau brute. Les cases en rouge signalent que les % observés sont supérieurs au plafond des 5% fixés par la CLE, les cases en vert, inférieurs.

Stations sur le Blavet d'amont en aval 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019
Amont Blavet à Kérien (04190650) -* - - - - - 0% - 0% 100%
Aval Kerné Uhel (04190700) 0% 0% 0% 0% 0% 0% 8% 0% 0% 0%
Aval Kerné Uhel (04190750) 8% 0% 0% 8% 0% - - - 33% -
Amont Guerlédan (04190850) - 0% 14% 17% 0% 0% - - - -
Blavet à Neulliac (04191410) - - - - - - 0% - 8% 100%
Amont Pontivy (BL000276) 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0%
Blavet en Amont de l'Evel (04192900) 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 33%
Blavet à Languidic (RCS) (04194000) 0% 6% 6% 0% 0% 0% 6% 100% 94% 100%
Stations des masses d'eau prioritaires 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019
Sulon (04190780) - 0% 29% 0% 0% 50% 50% 56% - 100%
Tarun (04193500) 20% 33% 27% 20% 29% 64% 63% 50% 70% 100%
Evel - Belle Chère (04356001) 13% 25% 16% - 33% 27% 76% 100% 100% 100%
Evel - Exutoire (04192800) 20% 17% 9% 20% 14% 9% 25% 18% 70% 100%
Stations d'autres masses d'eau 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020
Couat Couraval (22) (04353004) - - - - - - - - - 100%  
Daoulas (22) (04190842) - - - - - - 33% 44% - -  
Corboulo (56) (04354003) - - - - - - - - - 43%  
Stival (56) (04354002) - - - - - - - - 100% 100%  
Douric (56) (04355005) - - - - - 10% 9% 17% 81% 100%  
Niel (56) (04191980) - - - - - 60% 69% 47% 70% 100%  
Sarre (56) (04192550) - - - - - - - 0% 8% 100%  
Kerollin (56) (04357003) - - - - - - - - - 100%  
Kergonan (56) (04357001) - - - - - - - - - 100%  
Plessis (56) (04357002) - - - - - - - - 100% 100%  

* "-" = Pas de donnée; "cases vides" = données en attente;  Sources : AELB, ARS, CD 22, SMKU, SVB.

Globalement, ce tableau montre que la dégradation de la qualité de l’eau du point de vue des pesticides observée en 2017 et 2018 s’amplifie en 2019 : 15 stations sur les 19 où existent des données enregistrent un cumul des molécules dépassant les 0,5 µg/l dans 100% des prélèvements. C’était le cas de seulement 3 stations sur 15 en 2018.

L’augmentation du nombre de molécules recherchées ne peut expliquer, à elle seule, cette hausse. Car, par exemple, en 2017 et 2018, malgré la recherche des mêmes molécules, les résultats étaient très différents : pour le Tarun, on note respectivement 50% et 70% ; pour l’Evel, 18% et 70% prélèvements dépassant les 0,5 µg/l.

En 2019, les 3 masses d’eau prioritaires, Sulon dans les Côtes d’Armor, Tarun et Evel dans le Morbihan enregistrent, pour la première fois, 100% des prélèvements dépassant les 0,5 µg/l.

Concernant les autres masses d’eau, sur les 9 stations ayant fait l’objet d’analyses, 8 affichent 100% des prélèvements dépassant les 0,5 µg/l de pesticides cumulés.

Concernant les teneurs en pesticides individuels

Le tableau à télécharger indique, par année et par molécule, les % de prélèvements qui font état d’une teneur  0,1 µg/l d'eau brute. Pour rappel, le plafond à ne pas dépasser et fixé par la CLE du SAGE Blavet, est de 5%.

A noter que ces relevés et commentaires associés ci-dessous donnent une idée générale du niveau de contamination des cours d’eau du bassin versant du Blavet et de son évolution. Des comparaisons plus poussées des données entre les différentes stations supposeraient de tenir compte de divers paramètres : protocoles de prélèvements (nombre de prélèvements, par temps de pluie ou non, nombre de molécules recherchées …) et technicité des laboratoires notamment.

Ainsi, globalement, nous observons que l’évolution des % de prélèvements ≥ 0,1 µg/l pour les molécules individuelles, de 2010 à 2019, est très variable d’une station à l’autre et d’une molécule à l’autre.

Au niveau de la rivière du Blavet elle-même, la station en amont de Pontivy (à Neulliac) enregistre une forte augmentation du nombre de molécules dépassant le seuil de 5% de prélèvements ≥ 0,1 µg/l : 12 en 2019 contre 1 en 2018 (464 molécules recherchées en 2019 par 7 prélèvements ; 383 en 2018 par 12 prélèvements). A l’exutoire du Blavet, on note le même nombre de molécules dépassant ce taux en 2018 et 2019 et les principales molécules sont l’AMPA ainsi que le Métolachlore et le Métazachlore et leurs dérivés (voir commentaires plus détaillés ci-après sur ces molécules).

C’est la Niel qui compte le plus de molécules dépassant le seuil de 5% de prélèvements ≥ 0,1 µg/l : 19 en 2018 et encore 16 en 2019. Viennent ensuite le Kergonan avec 14 molécules en 2019 et le Plessis avec 11 en 2018 et 9 en 2019.

A noter qu’entre 2018 et 2019, à la station exutoire de l’Evel, le nombre de molécules dépassant le seuil de 5% de prélèvements ≥ 0,1 µg/l en 2019 a été divisé par plus de la moitié : 13 en 2018 contre 5 en 2019. Egalement pour le Tarun, 11 en 2018 contre 5 en 2019. Pour le Sulon, on en notait 12 en 2017 contre 5 en 2019. Par contre, les résultats affichent à ces stations des concentrations plus élevées.

Parmi les molécules les plus présentes globalement sur le bassin versant du Blavet, on relève des herbicides :

-  le Métolachlore ESA, produit de dégradation du Métolachlore*, interdit depuis 2003 mais que l’on retrouve à 3 stations affichant + 5% des prélèvements. Le Métolachlore ESA, lui, est observé dans 100% des prélèvements à 3 stations du Blavet dont l’exutoire ainsi que dans 8 autres stations dont celles des 3 masses d’eau prioritaires. *Il se pourrait qu’il s’agisse non pas de Métolachlore mais de S-Métolachlore qui, lui, est autorisé du fait que certains laboratoires ne font pas la différence. Usages : maïs, haricots, betteraves...

- le Métazachlore ESA, métabolite du Métazachore, affichant 80 voire 100% des prélèvements à l’exutoire et à 9 autres stations. Usages : choux, colza, poireaux...

Une nouvelle molécule apparaît à 10 stations dans 14 à 80% des prélèvements, le N-Butylbenzenesulfonamide : la question est de savoir si elle provient de pesticides… Cette molécule est de la famille des benzènes entrant dans la composition du pétrole mais aussi utilisés pour la fabrication de pneus, de lubrifiants, de colorants, de colles, d'encres et même de médicaments, d'explosifs et de pesticides…

Le Glyphosate est beaucoup moins présent par rapport aux années précédentes. Par contre, sa molécule de dégradation, l’AMPA, est récurrente depuis 2010 dans beaucoup de stations et surtout dans l’Evel, le Tarun et la Niel. A noter que l’AMPA peut également provenir de la dégradation de détergents, origine difficile, voire impossible, à distinguer de l’origine du Glyphosate. Une nouvelle molécule, le Sulfosate, apparaît dans 2 stations : non répertoriée sur le site e-phy, elle serait, d’après le site du Sandre, dérivée du Glyphosate.

D’autres molécules ressortent mais dans des proportions moindres que les années précédentes et pas à toutes les stations : Aclonifène (herbicides légumes et p de terre), Bentazone, Prosulfocarbe (remplaçant de l’Isoproturon), Tritosulfuron (herbicides maïs et céréales), Chlorprophame (régulateur de croissance), Diméthomorphe et Pencycuron (fongicides pommes de terre) Lénacile (herbicide épinards et betteraves), Métribuzine (herbicide pommes de terre), Propamocarb (fongicide légumes).

Cas particulier du Diuron : herbicide aujourd’hui interdit mais biocide autorisé comme antimousse : il n’est pas relevé en 2019 alors qu’on notait 43% des prélèvements  ≥ 0,1µg/l en 2018 dans le Plessis.

Des molécules interdites toujours relevées sont l’Alachlore ESA, l’Acétochlore ESA et le Diméthénamide qui sont toutes les trois des herbicides maïs.

A l’inverse, des molécules observées ces dernières années n’apparaissent pas en 2019 :

  • le Boscalid, fongicide pour colza qui était présent dans le Tarun et l’Evel :
  • l’Ethofumésate, produit de traitement pour légumes et/ou pommes de terre (dans la Niel) ;

A l’exception du Glyphosate et de l’AMPA (à usage mixte, agricole et non agricole), Les molécules précédemment mentionnées sont uniquement utilisées en agriculture.

Parmi les autres molécules à usage mixte, agricole et non agricole, on trouve encore du  Fluroxypir et du 2,4-MCPA (herbicides gazon et/ou débroussaillants) mais à une concentration moindre que les années précédentes.  A l’inverse, le Dicamba, le Dichlorprop et le Mécoprop ne ressortent plus.

En résumé au regard des objectifs du SAGE Blavet : globalement moins de molécules mais à des concentrations plus importantes. Essentiellement des herbicides. Des masses d’eau encore bien contaminées : Evel, Tarun, Niel auxquelles s’ajoutent de plus petites masses d’eau nouvellement analysées comme le Kergonan et le Plessis.

Pour aller plus loin : des informations issues de l'Observatoire de l'Environnement en Bretagne :

Quelle présence des pesticides en Bretagne ?

Quel risque environnemental des pesticides en Bretagne ?

Quelles évolutions des concentrations dans les cours d’eau breton ? (par territoire, par station, par substance active)

Ces observations justifient la mobilisation de tous les acteurs (agriculteurs, collectivités, entreprises et particuliers...) pour une réduction, voire une suppression de l’usage des pesticides.

Pour y parvenir, un grand nombre d’actions, prévues dans le SAGE Blavet, sont menées ou à mener...